Evénementiel swing : méga festivals, exchange et tourisme

Sur l’entièreté des festivals de danse auxquels vous avez participé dans votre vie de danseur.se, combien de destinations avez vous pris vraiment le temps de visiter ?

Evenementiel swing : une forme de tourisme culturel

Si vous ne le saviez pas déjà, j’ai le grand plaisir de vous annoncer que, lorsque vous planifiez un déplacement en France ou à l’étranger, vous êtes un touriste. Je vous entend déjà me huer derrière votre écran en disant “pfff, mais pas du tout, je suis un danseur, pas un touriste, j’ai même pas le temps de visiter”.

Je sais, le terme touriste est souvent péjoratif et on a tout de suite en tête l’image du touriste américain qui demande des glaçons dans son verre de vin... Mais selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) :

“le tourisme est un phénomène social, culturel et économique impliquant le déplacement de personnes vers des pays ou des lieux situés en dehors de leur environnement habituel. Les visiteurs sont classés en deux catégories principales :

  • Touristes : ceux dont le séjour inclut au moins une nuitée sur place

  • Excursionnistes : ceux dont le voyage ne comprend pas de nuit sur place”

Donc selon la définition officielle donnée par l’OMT, participer à un festival swing c’est une manière d’habiter temporairement un espace et une ville dès la réservation d’une nuitée. Cela s’applique également lorsque vous êtes hébergés chez l’habitant. Et vous n’êtes pas n’importe quel touriste ! Vous êtes un touriste culturel, festivalier, qui vient consommer sur un territoire d’une manière bien spécifique.

Consommer le territoire en tant que festivalier en 2026

Ce n’est pas nouveau, l’événementiel swing est ultra dépendant des phénomènes de mode. A une époque pensé très localement et accès sur la danse sociale, l’évènementiel swing s’est progressivement ouvert à des formes de “méga festivals” où l’on vient chercher de grandes scènes, un nombre important de soirées live avec des orchestres du monde entier, et un maximum de danseurs internationaux.

Ces “méga festivals” ont progressivement mutés pour s’ouvrir sur le champs de la compétition en offrant une possibilité aux danseurs en quête de challenge et d’une vitrine, de montrer leur travail aux yeux du monde grâce à l’organisation mise en place (développement exponentiel de la place des équipes vidéos, retransmission en direct avec paiement... ).

On assiste d’ailleurs aujourd’hui à une évolution des pratiques sur les RS avec des danseurs/compétiteurs de plus en plus conscients de l’importance de l’image, avec parfois un caméraman attitré qui veillera à filmer le meilleur contenu en format portait pour exporter directement les rushs sur Instagram . (Si le sujet vous intéresse, je vous prépare un article prochainement)

Avec les crises géopolitiques majeures que nous connaissons, l’inflation, les crises sociales, les “méga festivals” sont fragilisés et perdent progressivement de l’attrait par manque d’accessibilité économique, souvent dû à l’explosion des frais de déplacement et l’insécurité internationale.

On peut également observer après COVID une multiplication d’événements. Il n’est désormais pas isolé de trouver où danser tous les weekends avec parfois des événements majeurs organisés au même moment.

Si l’on pouvait résumer en un format classique ce que c’est qu’un festival de swing aujourd’hui (qu’importe sa taille) :

des heures de cours en journée avec des professeurs internationaux, une ou deux soirées live et un DJ bénévole, une compétition mix and match, le tout organisé dans une salle en périphérie d’une grande ville pour accéder à un parquet ou bénéficier d’une salle municipale et limiter les frais.

Le résultat :

  • un événement qui sera rarement excédentaire, souvent supporté financièrement pas les adhésions à l’association, donc grâce à la communauté locale et qui peut mettre en danger les finances de l’association organisatrice

  • un événement pas ou peu adapté à sa communauté et peu différenciant face à l’offre massive aujourd’hui

  • des “touristes” venus sur votre territoire avec une mobilité extrêmement carboné pour utiliser des espaces clos tout au long du weekend (articles à venir)

Et lorsque l’on calcule le temps laissé aux festivaliers pour découvrir le territoire, visiter, prendre du temps pour rencontrer la communauté sur place, … c’est souvent quelques heures que l’on comptabilise : le temps pour le festivalier de manger dans un restaurant entre les cours ou avant la soirée et profiter de son airbnb.

Qui a le souvenir de s’être déplacé à Paris, Berlin, Poitiers, La Rochelle, sans vraiment avoir mis les pieds dans le centre ville ?

L’exemple de l’exchange comme modèle vertueux

Dans un monde de “méga festivals” encore trop déconnectés de leur territoire, on a de beaux exemples d’évènements pensés pour sa communauté et son environnement. A l’image du modèle des exchanges.

“Un Lindy Exchange est un rassemblement de danseurs de Lindy hop dans une ville pour plusieurs jours. Durant ce séjour leur est présentée la communauté locale et les endroits où elle danse le swing. Les exchanges ont aidé à développer la communauté internationale Lindy.” - Page Wikipédia

La première forme de Lindy Exchange est née en 1998 aux Etats Unis et en 2002 à Toulouse. Les exchange, forme que je voyais beaucoup plus communément avant 2015 en Europe, est une manière d’inviter des danseurs à véritablement habiter et vivre un territoire et une ville.

Il inclus et remet au centre :

  • la danse sociale en intérieur comme en extérieur (souvent des lieux d’intérêts de la ville) pour inciter la découverte de la ville d’accueil

  • la rencontre de la communauté : les exchanges offrent le temps de se rencontrer, d’échanger, de parler, avec les danseurs de la ville qui invite, et également les professeurs de cette communauté, pas forcément des professeurs internationaux, mais qui proposent une véritable valeur ajoutée à la scène locale

  • à faire ensemble : les exchange sont des terreaux parfaits pour la créativité : labs de danse, visites guidées de la ville, gamification d’activités, expériences gastronomiques ou sportives …

  • à la musique live et locale : live avec des groupes issus du territoire, DJ, … les exchange offrent souvent la possibilité de danser bien plus tardivement que les festivals puisque l’accent est mis sur la danse sociale et non plus l’expérience festivalier avec cours qui nécessite de l’énergie et du temps à utiliser différemment

  • à l’échange : certains exchange, comme son nom l’indique, jouent le jeu à fond de la co construction avec un échange entre communautés et deux villes d’accueil sur une année donnée

  • l’accessibilité financière : souvent moins onéreux, les exchange sont de formidables opportunités de participer à moindre coût à un événement de danse

Et qu’est ce qu’on aimerait en voir émerger plus ! L’exchange est selon moi la meilleure façon de consommer vertueusement sur un territoire un évènement de danse qui plus est, sera systématiquement unique et différenciant de par l’unicité de chaque scène et chaque ville et culture d’accueil.

A titre d’exemple, je vous mets le lien de l’exchange de Toulouse “The Bridge” qui se tiendra ce weekend (9/10/11 octobre 2026 pour sa première édition) et qui rassemble tout ce qu’on aime : Présentation - Studio hop

Je dirai que l’on a tout à gagner à oser penser différemment l’événementiel swing aujourd’hui en réfléchissant réellement pour qui on créé l’événement et dans quel but tout en prenant en compte l’impact global que celui-ci a sur notre environnement. Promis, je ne vous laisse pas sur votre faim et je vous donne des exemples et des outils très prochainement !

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