Swing et retour de festival : la chute du lundi matin

9h00, Chasseneuil du Poitou, zone industrielle

Vous venez d’arriver au bureau, les yeux cernés, le moral dans les chaussettes. Vous montez les escaliers et arrivez péniblement dans la salle de pause où se trouvent Thierry et Laure, vos collègues du 4ème, qui font le debriefing de leurs weekends en famille. Vous tentez discrètement d’approcher votre mug préféré de la machine à café pour reprendre contenance et attaquer la lecture de vos mails.

Tentative échouée, Nicolas vous rejoint, tout sourire, et vous pose la question fatidique : “Alors ! C’était comment la Grande-Motte ?”

Nicolas ne sait pas qu’après 4 jours de festival, de musique, de paillettes et de compétitions, votre capacité à survivre à cet échange et se reconnecter à la réalité est trop faible.

Après une réponse vague vous réussissez à articuler “C’était chouette, on a bien dansé” et vous fuyez à grandes enjambées avec votre tasse à café, à deux doigts de tacher la sacre sainte moquette dans votre précipitation. Vous vous réfugiez dans votre bureau silencieux sans lumière naturelle, avec ce néon si problématique qui saute à intervalle régulier, et votre écran d’ordinateur qui affiche les 56 mails non lus reçus vendredi dernier.

Au bout d’une heure de lecture, vous réalisez à quel point vous êtes complétement dissocié.

Comment se fait-il qu’hier vous étiez à enchainer les swing out à 200 BPM avec un danseur Coréen sous une pluie de confettis en écoutant les Hot Swing Sextet en live à 800km de chez vous, et qu’en ce moment même, 10h du matin, une envie de pleurer vous prend dans votre bureau à Chasseneuil du Poitou (no offense les amis du Futuroscope) et des pulsions d’envoi de kick ball change se font sentir après la réception du mail “sauf erreur de ma part…” sur le suivi du dossier de Mme Berthet.

Sans le savoir, vous êtes victime du blues post festival ou encore en langage Gen Z, du goumin post festival.

La faute à nos hormones

Vous pensez devenir fou et vous questionnez la stabilité de votre santé mentale.

Pas de panique, la science à une explication !

Pendant 4 jours complets, vous avez carburé aux hormones. Et pas qu’un peu ! Notamment, la dopamine, l’endorphine, et l’adrénaline. Un petit cocktail détonant qui vous a accompagné pour vous donner de l’énergie et du plaisir tout cela déclenché par des stimulis cognitifs puissants : des interactions multiples, de la musique forte, de l’effort physique, de l’excitation, de la nouveauté, du stress (dans le cadre de compétitions)…

Mais une fois le cocktail chimique non alimenté, vous vous retrouvez face à votre écran d’ordinateur questionnant votre vie en vous demandant si vous ne devriez pas tout quitter pour vous lancer dans une carrière de danseur international.

Spoiler alert - mauvaise idée

Cette sensation de blues, réelle physiquement, est dûe à un vide chimique. Elle est d’ailleurs décuplée par le déréglement de votre rythme de sommeil que vous avez négligé pendant 4 jours et qui a fait baisser votre taux de mélatonine (l’hormone du sommeil). Ce qui accentue fatigue et irritabilité.

Et puis c’est vrai, comment expliquer à Nicolas, que pendant 4 jours, on a vraiment pu se libérer ? Exprimer ses émotions, chanter, danser à en perdre haleine (littéralement), vivre socialement complétement libre d’exprimer une autre part de soi même ?

Des solutions ?

Une bonne hydratation, récupérer vos points de vie avec un rythme de sommeil et des repas équilibrés (finis les cordons bleus de 11h du matin et la portion de pâtes carbo à 5h du mat’ de retour de soirée), éviter de se jeter sur la première pinte venue… du bon sens en soit…. et de la patience.

Pour mieux accepter cette “rupture post festival” , prévoir un temps de transition émotionnelle : trier ses photos/ vidéos, écrire quelques souvenirs ou envoyer un message aux personnes rencontrées. Et surtout se focaliser sur le prochain événement positif et pourquoi pas planifier le prochain événement swing à venir.

Le tout en gardant bien en tête que l’état de blues est un état transitoire et que les événements auxquels nous participons sont des bulles de dopamines qui recréent un environnement de fête agréable pour le cerveau mais qui ne représentent pas totalement notre réalité. Et surtout, réaliser que cet état d’euphorie ne serait pas gérable si il était vécu en continu, il en perdrait tout son intérêt !

Alors vous récupérez votre café, vous soufflez un bon coup, vous lancez la playlist du Hot Swing Sextet pour traiter vos mails et affronter la journée avec un peu moins de morosité et promis, la prochaine fois vous prendrez votre lundi pour atterir en douceur de votre weekend !

Références :

C’est quoi le blues post-festival, cet état nostalgique qui bouleverse corps et esprit après la fête ? - RTBF Actus

Biomolecular Effects of Dance and Dance/Movement Therapy: A Review | American Journal of Dance Therapy | Springer Nature Link

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